Pourquoi peut-on aimer la France ?

Samedi 18 mars, un matin au marché Pablo Picasso, au cœur de la cité éponyme de Nanterre.

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Quelques Gavroches s’installent sur une petite place qu’ils connaissent bien pour s’y rendre régulièrement, certains d’entre eux habitant de l’autre côté du pars, avec toujours cette question : Pourquoi peut-on aimer la France ?

Quelques heures avant, l’attaque terroriste d’Orly est dans tous les médias, mais aussi sur les lèvres des passants à qui nous posons notre question de l’amour de la France. C’est le cas d’Ainaya, mère de famille qui traîne un chariot rempli de courses, et qui nous répond : « Je sais pas, regardez ce qui vient de se passer à l’aéroport, nous on est les méchants, vous êtes les gentils, c’est tout. » et sans attendre une réponse de notre part, elle s’en va.

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Plus loin sur les bancs, les chibanis, ces « cheveux blancs » qui sont en France depuis cinquante ans, qui sont arrivés à Nanterre à l’époque des bidonvilles et qui travaillaient dans les usines, sont toujours très heureux de discuter avec des jeunes blancs, « des souches qu’ils n’avaient pas vu depuis longtemps » ! Pour eux, il est évident que l’on peut aimer la France.

Smaïl explique même que « l’on doit aimer la France pour le travail qu’elle nous a offert ». Professeur de français à Casablanca, il arrive en France et devient carreleur au château de Saint-Cloud. « Je savais pas faire, j’ai appris, c’est tout. Faut pas faire son difficile, faut être humble et accepter le travail, surtout quand on doit nourrir la famille au bled ». Abdeladim son voisin poursuit « aujourd’hui les jeunes ile ne cherchent pas de travail, et après ils cassent tout. Regardez encore trois qui portent les murs. » Il pointe du doigt des jeunes en survêtement, la vingtaine, fumant et écoutant de la musique sur une sono.

Smaïl explique qu’il est à Nanterre depuis quarante ans, et qu’il n’a jamais bougé, il ne connaît pas la France et donc pas de transmission. « Des fois je vais à La Défense, mais c’est pas la France ». En revanche, son fils qui va venir pour le déjeuner habite à Paris dans le vingtième et il emmène ses enfants au Louvre « parce que les petits ils aiment bien, c’est beau ».

Et puis le sujet de la justice arrive. Les chibanis trouvent qu’il y a de l’insécurité, les rondes de police sont quasi inexistantes, et comme les jeunes ne travaillent pas, ils traînent. « On a retiré petit à petit l’autorité des parents, c’est la justice qui a fait ça. Au bled, ça file droit, les gosses ils obéissent ».

Plus loin, une discussion animée entre une mère de famille camerounaise et un Gavroche. Elle remercie la France pour le travail, pour les droits et aussi pour le toit qui la protège avec ses enfants. Elle compare la France a son pays d’origine, elle dit que « les enfants ils ont pas conscience de la chance qu’ils ont en France ».

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Puis deux Gavroches vont parler à un jeune de trente ans, qui porte les murs : « La France c’est un pays de m…e, avec que des f… de p… ». Nous lui parlons de la culture française, de notre littérature, de nos arts, mais sa réponse, avant d’aller cogner dans un lampadaire, est sans appel « Rien à battre de ça ». Pour les chibanis la réponse est simple : « t’aimes pas la France ? et bien va voir ailleurs ».

Le marché se vide petit à petit, les étals sont rangés. Les Gavroches achètent de quoi déjeuner, et partagent les échanges qu’ils ont eu. Le constat est sans équivoque, pour les habitants de la cité Pablo Picasso, on aime la France pour le travail qu’elle offre. Rares sont ceux qui parlent d’Histoire, de patrimoine et d’héritage culturel.

 

 

 

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